La Disparition du Sable | Maud Louvrier Clerc

 

La Disparition du Sable

MAUD LOUVRIER CLERC

 

Vernissage & Talk avec Pauline Lisowski

Jeudi, le 08 Juillet de 18h00 à 21h00

« Quand je suis née, mes mains étaient palmées, mes jambes nageoires. Mon corps ondulait aux rythmes des vagues, mes yeux grands ouverts scrutaient l’horizon, bleu infini traversé de lumières. Avez-vous déjà ressenti cette merveilleuse sensation d’être née ici, dans l’océan ? Avez-vous déjà perçu cette évidence d’avoir été poisson avant d’avoir été humain.e ? »          

La disparition du sable est une série de dessin-aquarelle parfois entremêlés de sel de mer de grains de sables observés ou fantasmés par l’artiste. Telle l’érosion qui la produite, des couches pigmentaires s’inscrivent dans un mouvement naturel de va et vient sur le papier laissant leurs empreintes en se retirant. Dans ces œuvres, Maud Louvrier Clerc, nous met face à la notion du rapport au temps qui différencie l’homme de la nature.

Représentant le sable en vue agrandie depuis un microscope, notre regard fini par se perdre dans la notion des dimensions de l’infiniment petit du grain de sable et de l’infiniment grand des iles qui semblent se dessiner. Dans ce travail de déconstruction, notre nouvelle définition même du sable, nous permet de voir les liens de cause à effet entre sa disparition et la destruction annoncée des littoraux.

La plasticienne s’est inspirée des nombreux documentaires évoquant comment le sable est devenu en quelques décennies une matière de plus en plus précieuse. Donnant même naissance à de véritables mafias qui en contrôle dorénavant le commerce. Mettant ainsi en peril la solidité des structures bâties, puisque le sable de construction est soumis à des normes très strictes en ce qui concerne sa constitution.

L’artiste se passionne également pour l’esthétique de sa composition qui peut révéler jusqu’à 180 minéraux faits de multitude de formes et de couleurs ainsi que des débris calcaires, des squelettes de coquillages et de crustacés. Ses peintures deviennent ainsi des archives du sable comme un témoignage avant sa disparition.

Images © Maud Louvrier Clerc

La disparition du sable présente une grande variation de couleurs, de formes et de tailles de grains qui nous incitent à plonger dans des espaces miniatures. Des îles, des littoraux, des bouts de continents apparaissent. Les formes représentent des grains de sable, de roche, des bouts de coquillages, des moules, des couteaux, qui se désagrègent aux aspérités différentes. Maud Louvrier-Clerc magnifie quelques fragments qu’elle représente comme vus au microscope pour montrer leur multitude de couleurs et la lumière qui les ponctue. Souvenirs et imaginaire s’associent dans ses aquarelles, gammes colorées présentant plusieurs quantités de grains, agglomérats, compositions ou attention à un minéral en voie de disparition.

L’artiste joue avec les transparences en peignant couche par couche et faisant surgir diverses couleurs à l’intérieur de taches d’aquarelle. Son processus pictural rappelle celui de la marée. Elle commence par dessiner puis se fie aux heureux hasards de la rencontre de l’eau avec le papier. Cette réaction fait écho à celle de l’écosystème de la mer et aux impacts sur celle-ci difficilement contrôlables. L’extraction du sable a en effet de nombreuses conséquences néfastes sur l’environnement et l’humanité en avale 40 à 50 milliards de tonnes chaque année. L’artiste évoque ici sa disparition progressive, ses usages étant nombreux pour le béton, les terres agricoles ou les puces électroniques alors que des dizaines voire des centaines de milliers d’années sont nécessaires pour que la nature en produise.

Les couleurs sont issues de ses souvenirs de ce contact du sable dans ses mains. Elles évoquent également l’action de l’homme sur les littoraux. Les sables bleus renvoient à la mer qui recouvre les grains tandis que les verts peuvent nous faire songer aux débris de bouteilles en verre qui polluent les plages. Ses sables colorés suscitent l’émerveillement. Ses collections de grains incarnent des littoraux fragilisés et des paysages marins dont on garde les souvenirs en mémoire.

Maud Louvrier-Clerc condense dans cette série d’œuvres sur papier, les effets de l’homme sur l’environnement et l’action de la mer sur les grains de sable. De nombreuses lectures d’articles sur les effets de la pollution à l’ère anthropocène et ses promenades en bord de mer ont nourri la création de cet ensemble.

-Pauline Lisowski pour Tout la Culture